DEUXIEME PARTIE le futur de l'art prend racine avec le numérique


Jean-Noel Duru, l'élégance à voix basse

Ode poétique, sensible, méditative, s'opposant à la marchandisation du street art et à l'envahissement de la réalité augmentée, Jean-Noël Duru, s'invite comme un clandestin, dans le long couloir cernant l'escalier où l'absence de recul nous déséquilibre. L'air et la lumière n'ont plus la même densité. Rien n'est visible et pourtant tout est là. A ce jeu dangereux avec les lieux, subtil et inventif, dans sa série « Crépuscule », ses monochromes invitent le silence noir de la grisaille d'un paysage ténébreux où la présence de silhouettes, venues de nulle part, s'élancent dans le vide.


Dans les salles d'eau, avec la même technique de photos puisées sur le net et retravaillées avec de l'acrylique et de l'huile, il oppose, avec une discrète ironie, la dureté de l'environnement et la grâce d'un enchaînement de courbes féminines, tout en fluidité. « Une forme de narration par suspension et suggestion», explique-t-il.


www.jean-noel-duru.com


Fleurs de l'espace et paysage abstrait

A la présence écrasante d'un intérieur démantelé, dans le boudoir, s'ajoutent les immenses fleurs de l’espace, telles des trouées blanches qui nous aspirent. Graphitées par Philippe Veyrunes elles enluminent le lieu et attirent immédiatement le regard. L'azur du ciel uni à la sérénité de pétales en filigranes tournoyantes s'efface pour laisser place à une interrogation, fable de la destruction : que deviendra notre planète ? Ces immenses volumes d'aplats, abstractions vaporeuses au ton gris noir et blanc, met le visiteur à l'épreuve du vertige et du détournement des œuvres numériques.


Les créations de Philippe entrent en résonance avec les signaux cosmiques du Lumarium*, extrait d'un paysage abstrait, fait de particules sonores et de rayons lumineux réalisé par Thomas Pachoud et David Guerra (son). Tels des dessins filamentaires, les lignes bleues se déploient dans un champ vibratoire où le son dégage une énergie toute puissante, valorisant la matière et la lumière. « Cette installation sensorielle convie le spectateur à vivre une expérience mettant à l’épreuve ses sens. Par un jeu de désorientations et de renversements de l’espace, par une interconnexion profonde entre le son et la matière, elle aspire le spectateur dans un univers spatio-temporel entre entropie et retour à l’équilibre », indique Thomas.


LUMINARIUM, œuvre numérique - Thomas Pachoud, David Guerra (son) 2’34 https://aadn.org/nos-creations/lumarium https://vimeo.com/116143347


Combinaison sombre de rêves et de sonorités

La capture des rêves de Cécile Beaupère restitués dans une série de tableaux, dont certains à échelle humaine, répond à la question de nos projections cérébrales posée par les sonorités de l’œuvre « Cogito ergo sum » de Grégory Lasserre et Anaïs Met Den Ancxt.


« Ce crâne de sel est parcouru de zones interactives et offre un paysage sonore qui évolue en fonction des contacts électrostatiques. En créant un miroir symbolique entre le crâne de sel et le crâne du spectateur, cette oeuvre propose une exploration méditative, intuitive et sonore de ce lieu géographique et inconnu qui contient notre pensée », commentent-ils. L’invitation à pénétrer physiquement dans ce monde chimérique par le contact de nos mains sur un crâne en sel est comme une réponse aux rêves que le cerveau éprouve parfois de façon épouvantable.


L’espace-temps est alors dilué dans une récolte de rêves et de sons ébranlant notre vision dans une confrontation entre le palpable et l’impalpable.


Grégory Lasserre, Anaïs Met Den Ancxt; Cogito ergo sum, œuvre numérique - http://www.scenocosme.com

Cécile Beaupère ; Série Rêves et dessins, peintures grands formats, huile sur toile


Paysages post-apocalyptiques et immobilité illusoire de bustes antiques

Les paysages exsangues de toute vie que Christine Barbe propose au public sont le symbole significatif d'un futur sans horizon sur une ligne mystifiée au dessus de bustes antiques dont l’immobilité est illusoire.


Grâce à des jeux de masques numériques, des projections de flux vidéo viennent donner vie à des pierres. Les mouvements des yeux sur la pierre des statuts, ornant habituellement les beaux jardins, donnent une expression humaine aux traits figés de la Vénus Italica, la Silène portant Dyonisos ou encore Apollon du Belvédère. Golem est un projet de sculptures augmentées au sein duquel ces trois bustes revêtent une certaine réalité du vivant grâce aux médiums que sont le vidéo-mapping, la 3D et les animations 2D.


La combinaison mythique des décors post-apocalytiques de Christine Barbe donne la sensation que le monde des vivants a déserté la nature pour innerver les statues dont la présence humaine semble hallucinatoire.

Christine Barbe

http://www.christinebarbe.com/rubrique/selection-d-oeuvres/la-bas-down-there Série La-bas/Down-there

Peinture. Rehauts d’encres, techniques mixtes sur fond photographique, sur toile GOLEM, œuvre numérique - Arnaud Pottier, Etienne Guiol (mouvement), Patrick Garbit (son)

https://aadn.org/nos-creations/golem