Aurélien Barrau, ce météore poétique

Avec Météorites, son premier recueil de poésie, l'astrophysicien grenoblois, connu pour son engagement en faveur de l'écologie, dévoile son amour de la prose et de la littérature. Un objet incandescent tout en fulgurances, à la portée politique et philosophique autant qu'esthétique. Il a accepté d’en parler à Chroniques Plurielles – par mails interposés, confinement oblige...



Aurélien Barrau, Professeur à l'Université Grenoble-Alpes, Physicien au Laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie © B Verrier

Chroniques Plurielles. On connaissait l’astrophysicien et le citoyen engagé pour l’écologie. Avec Météorites, on découvre le poète. Quels liens entretenez-vous avec la littérature et la poésie ?


Aurélien Barrau. À dire vrai je ne cherche pas du tout à ce que ces visages soient « connus ». Au grand dam de mon adorable éditeur, je continue à me tenir très en retrait et à ne pas « faire la promotion » de mes quelques livres. Je suis persuadé que si nous vendions beaucoup d’exemplaire de Météorites, il ne pourrait s’agir que d’une confusion… L’idée même de publier me laisse souvent perplexe. Je tente de demeurer dans une certaine ascèse et ne pas rendre publique la moindre petite idée ou création. La littérature et la poésie sont essentielles pour moi. Ou peut-être, justement, plutôt accidentelles au sens le plus pur et effractif de ce mot.


CP. Quels auteurs vous ont marqué ?


AB. L’auteur qui m’a le plus immensément marqué est Jean Genet. Parce que son écriture est, littéralement, impossible. Mais elle existe pourtant.


CP. Dans ce livre, vous rendez aussi hommage à un certain nombre d’artistes peintres : Goya et ses peintures noires, De Staël, Dürer, Le Caravage ou encore Fontana et ses toiles fendues… Quel est l’apport de l’art dans votre travail scientifique ?


AB. Il est nul. Je réponds de façon volontairement provocatrice pour signifier que je ne veux surtout pas rabattre l’art sur un simple rôle d’inspiration. L’art est une chose immense et importante qui vaut par et pour elle-même. Ce n’est pas au titre de ses bienfaits pour la pensée scientifique qu’il m’intéresse. Bien sûr, l'art fait partie du monde et, à ce titre, peut aider à susciter des idées ou des déconstructions signifiantes dans un autre champ disciplinaire. Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse.


CP. Vos poèmes nous parlent des météorites et des météores, qui fascinent l’humanité depuis la nuit des temps. Que représentent-ils pour vous, au propre comme au figuré ?


AB. Le fragile. L’éphémère. Le miraculeux.


CP. Météores, c’est aussi une ode au vivant, à la différence et à la biodiversité. Vous évoquez notamment notre rapport à l’animal devant la figure de ce vieux gorille tragique dans sa cage… qui nous renvoie à notre propre inhumanité.


AB. Je ne pense pas que la barbarie et la brutalité soient inhumaines. Elles sont profondément humaines, au contraire, et il faut s’imprégner de cette dérangeante vérité pour envisager des ailleurs conséquents.


CP. Espérez-vous que les choses puissent changer ou évoluer avec les nouvelles générations, très sensibles à ces questions ?


AB. Je n’ai aucun espoir particulier dans les nouvelles générations. Il y a autant de jeunes cons que de vieux cons. Croire que nos enfants nous sauveront est aussi irresponsable qu'erroné. Il y a de la beauté et de l’espoir, il y a de la grâce et de la force, mais ce n’est pas une question générationnelle, c’est une question politique et poétique.


CP. En quoi la poésie peut-elle être une arme de résistance… ou de combat ?


AB. La poésie c’est la précision. La connaissance quasi-parfaite des règles et la soumission aux lois. Mais, dans le même temps, c’est aussi le droit et parfois même le devoir de transgresser tout ce qui semblait intouchable. Elle est le lieu privilégié de la découverte de la contingence. Et c’est précisément la condition de possibilité d’une révolution.



Propos recueillis par Véronique Granger et David Moreno




Aller plus loin :

Oubliez tout ce que vous savez de l'auteur et laissez-vous emporter dans son ailleurs poétique totalement "dégenré", sans préjugé, recommande en substance Aurélien Barrau pour aborder ses Météorites. Si toutefois vous souhaitez prolonger le voyage cosmique, cette émission sur France Culture vous éclairera sur les météorites célèbres évoqués dans ses poèmes :

https://www.franceculture.fr/sciences/meteorites-histoire-d-une-fascination